Temps de travail, machines et chômage

Albert Frank

Les machines (robots, ordinateurs...) ont été conçues pour aider l'homme, et non pour lui poser un tas de problèmes. Or, que se passe-t-il? Dans le contexte actuel, elles sont génératrices de chômage!! Ce n'est évidemment nullement leur "faute," mais la cause de ce sinistre état de fait est à chercher dans un système aberrant.

Pour effectuer une tâche déterminée, il fallait il y a vingt ans (à titre d'exemple) 10 personnes. Maintenant, avec l'aide des machines, il n'en faut plus que 5. Donc, pour une même productivité, au lieu de 38 h (par semaine), il n'en faut plus que 19 (un peu plus, globalement, vu la maintenance des machines). C'est magnifique: grâce aux machines, il faut travailler deux fois moins pour obtenir le même résultat. Ce devrait être une grande réussite! (nous n'entrerons pas ici dans le problème de la civilisation des loisirs).

Que ce passe-t-il en pratique? "ON" a fixé des "temps de travail" (le nombre d'heures à prester par semaine - et non pas ce qui doit être fait), et comme, grâce aux machines, deux personnes peuvent maintenant, pendant ce temps, faire ce qu'une faisait avant, on licencie l'autre, au nom du rendement!

Dès lors, les machines sont devenues des ennemies de l'homme. Cette vision peut sembler simpliste, mais les exemples pullulent: faire une facture, émettre un billet d'avion, imprimer un article... Et cela ne semble en rien devoir s'arrêter: la "compétitivité" à tout prix, le "tabou" du nombre d'heures à respecter, la peur (!) de pouvoir être remplacé par une machine "plus rapide et plus efficace." Combien de gens auraient un "rendement" (je n'aime pas ce terme) meilleur s'ils pouvaient travailler à leur rythme et à leur convenance, pour exécuter des tâches données.

Je terminerai en donnant un exemple que j'ai agréablement vécu: il y a 20 ans, j'étais responsable des horaires à l'Université Nationale du Zaïre, Campus de Kisangani. L'emploi du temps annuel demandait la prise en considération de beaucoup de données (déplacements des visiteurs, regroupements, locaux...). En une semaine, je réalisai l'emploi du temps de tout le monde, pour un an. Les quelques centaines de professeurs et représentants d'étudiants se trouvèrent satisfaits. Le Secrétaire Général de l'université, m'ayant convoqué, me dit "tu as réalisé un travail qui prend normalement deux mois, donc tu reprendras tes activités dans sept semaines... en attendant, amuse-toi bien!" Que la vie serait belle s'il en était toujours ainsi.