SUS AU PESSIMISME!!!

Myriam Lelling

 

J'ai lu avec un rien d'émotion les articles de Bernard Senault et Charles Szabo dans notre mensuel de Mars 97.

Agonie des Arts? Imbécilisation? Vous ne voyez donc que le négatif de notre société actuelle? En effet, les fins de siècles sont souvent mouvementées. Elles semblent être des moments charnière de l'histoire. A mon sens, la génération gouvernante de ces fins de siècles est confrontée à des problèmes bien particuliers. Prenons juste deux des exemples de l'article de Bernard:

1715, Mort de Louis XIV: fin d'un règne glorieux mais très long (72 ans) qui laisse la France dans un état pitoyable après des guerres nombreuses et terribles. Tant pis pour ceux qui doivent gouverner la France après lui...

1815, Waterloo, Napoléon abdique. Mais la démocratie mettra un siècle supplémentaire pour s'imposer.

C'est donc les débuts de siècles qui semblent être favorables au renouveau. Parlons de générations pour articuler cette théorie. La génération précédente a vécu au moins une guerre mondiale (la seconde n'étant en fait qu'une "continuation" de la première, puisqu'il n'a pas fallu 30 ans pour qu'elle recommence). Les suites de guerres sont plutôt positives pour ceux qui y survivent: relance économique, éclatement des idées, de l'art, des technologies (cf. années 60). Puis, 50 ans plus tard (génération actuelle), tout cela se met à stagner, les ambitions deviennent "alimentaires," "économiques," tout le monde se dispute la plus grosse part des bénéfices acquis par nos aînés, ce qui crée la triste situation économique actuelle, et par conséquent, la stagnation des idées, de l'art, des technologies.

Ce petit discours sur les générations peut probablement s'appliquer aussi au siècle précédent, car comme on le sait, "l'histoire est un éternel recommencement." De plus, le "séisme social" dont parle Bernard a déjà commencé: je pense à la chute de l'Empire de l'Est, les guerres ethniques en ex-Yougoslavie, en Afrique, la montée de l'intégrisme dans les pays musulmans, le quart-monde qui s'impose de plus en plus (SDF, chômage, etc.).

C'est vrai, tout ceci n'est guère réjouissant, mais ce serait manquer de confiance en l'être humain que de juste déclarer forfait. Préparons plutôt nos enfants à être les personnes responsables dont nous aurons besoin pour gouverner demain, et suffisamment en accord avec eux-mêmes pour exprimer leurs idées et leurs rêves. Puisque le terrain de la vie actuelle est miné, préparons le terrain de notre avenir et celui de nos enfants. Je suis profondément convaincue que l'ouverture des idées, de la création artistique et technologique est une conséquence du bon fonctionnement de l'économie. Comment peut-on imaginer, créer ou intenter si l'on passe ses jours à courir après le temps de gagner sa vie honnêtement dans la crainte que tout s'arrête le lendemain (les pertes d'emploi brutales sont tellement courantes, aujourd'hui). Nous nous trouvons donc en plein marasme de fin de siècle, et même de millénaire. Il faut du courage et de la volonté pour préparer (ou réparer?) ce qui vient, mais je veux rester optimiste et croire en l'avenir de l'être humain.